A quels prix peut-on s’affranchir de la condition humaine ? Le mythe de Faust

Histoire du docteur Johannes Faustus, Francfort sur le Main, 1587, Imprimerie nationale editions

Cet article est construit à partir et en souvenir des excellents cours de littérature du lycée Champollion à Grenoble et de l’Université Paris 4 sur l’« Historia von D. Johann Fausten », sur l’adaptation en tragédie de Goethe traduit par Nerval, et à partir d’un livre « Schnellkurs » sur la littérature allemande.

L’histoire originelle de Faust tient dans son titre : un érudit invoque le diable et lui vend son âme contre d’incommensurables pouvoirs.

Histoire-de-Faustus

Elle est narrée dans un livre populaire « Volksbuch » publié anonymement à la fin du XVIème siècle en Allemagne (Thuringe). Bestseller, le livre a été traduit inspirant des éditions pirates et de nombreuses versions. Faust était dévoré comme un délicieux divertissement. Ce qui n’aurait pas été sa fonction première.

Certes Faust a été écrit comme un mythe, soit un récit fabuleux auquel chacunže peut s’identifier.

Cependant, il prend place dans le contexte de la réforme protestante de Luther au début du XVIème siècle. Ce texte aurait vocation à servir cet idéal religieux en tant qu’histoire exemplaire édifiante « Beispielgeschichte » ou le contraire d’une vita, i.e. manière dont on racontait l’histoire des saints au Moyen-Age dans un but de moralisation. Il dénoncerait la décadence financière du clergé face à la pauvreté du peuple. Et prônerait la devise « sola scriptura, sola fide, sola gratia », soit seule la bible fait autorité, seule la foi libère et seul dieu concède le salut.

Outre la décadence du clergé, Faust est créé dans un siècle de grandes découvertes (Amériques, imprimerie, vision héliocentrée du monde…) où la curiosité et le voyage animent les hommes comme lui. L’auteur lie les élans du personnage à la curiositas « Fürwitz », à l’orgueil visant à dépasser les limites des connaissances humaines en narrant la perte de Faust comme celle d’Orphée.

[Orphée : sa femme décède le jour de ses noces. Il convainc le maître des enfers de lui redonner à condition de ne pas se retourner avant son retour sur terre. Par peur, il ne respecte pas la règle et perd sa femme.]

Cet orgueil de Faust relèverait d’une opposition à dieu, d’une volonté d’être son égal, d’une transgression de son autorité. Faust emprunte un chemin singulièrement proche de ceux de Prométhée et d’Icare.

[Prométhée : refusant le sacrifice et la punition des hommes par Zeus, qui les privèrent de feu, il en vole une étincelle pour la leur rendre. Le châtiment de Zeus sera terrible]

[Icare : s’échappant d’un labyrinthe grâce à des ailes de plumes collées à la cire, il oublie la mise en garde paternelle et s’envole au plus près du soleil, grisé par son vol, avant de chuter fatalement].

Faust est confronté à une contradiction entre d’une part la mortalité et les limites de la condition humaine et d’autre part le désir contemporain d’absolu, de liberté, d’un savoir démesuré « Wissendrang », supérieur au commun des mortelžes.

Méphistophélès dupe Faust en le laissant croire à l’horizontalité de leurs rapports. Son pacte lui enseigne à son terme les dangers de la passion et de la satisfaction de ses désirs.

In fine, la morale conservatrice du livre renvoie à l’idéal luthérien : le salut de l’homme ne s’acquiert que par la foi.

Pourrait-on écrire une nouvelle version de Faust à l’heure des rêves de conquêtes spatiales, d’intelligences artificielles et de robotiques ? A quelles contradictions Faust ferait-il face au début du XXIème siècle ?

Parmi les adaptations de Faust, celle de Thomas Mann associerait le pacte avec le diable à l’adhésion de la bourgeoisie au nazisme.

*********

!Hey!

Cet article est disponible en anglais.

Vous souhaitez traduire et publier cet article dans une autre langue? Par ici !

Un commentaire, une correction ? ⇓


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *